Et si Genève devenait plus suisse ?

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C’est bien connu, le canton de Genève dépense trop et dépense mal. Nous le répétons depuis des années. Cette fois-ci, c’est une étude indépendante qui vient confirmer point par point nos constats. En effet, l’Etat de Genève, à l’initiative de la Conseillère d’Etat Nathalie Fontanet, a mandaté l’institut indépendant BAK Economics AG pour analyser les dépenses de fonctionnement du Canton de Genève.

Les conclusions de l’étude sont sans appel. Alors que Genève prélève de loin le plus d’impôts par rapport aux autres cantons suisses, il est champion toutes catégories des dépenses nettes par habitant, supérieures de 89% à la moyenne suisse. Si l’on pondère ce chiffre par des données sociodémographiques, puisque Genève est un canton ville, il n’en demeure pas moins que nous dépensons 36% plus que les autres confédérés. En chiffres, cela représente des coûts de prestations de CHF 734,7 millions plus élevés que la moyenne suisse. L’étude détaille par politique publique les différences de charges, par exemple CHF 24.6 millions pour les états-majors départementaux et l’administration en générale, CHF 58.1 millions pour l’action sociale, CHF 50.3 millions pour les mesures relatives à la privation de liberté et aux mesures d’encadrement, etc…

En un mot comme en cent, notre canton souffre de la mauvaise gestion de ses deniers publics et d’une très piètre gouvernance. Si certains au sein du Conseil d’Etat, dont Nathalie Fontanet, ont pris la mesure de cette crise des dépenses, la majorité de gauche du Conseil d’Etat, quant à elle, s’est lancée dans une fuite en avant alors même que les comptes de l’Etat sont gravement dans le rouge, en particulier depuis la crise du COVID, avec une dette qui atteint des niveaux stratosphériques.

Il n’y a malheureusement aucune prise de conscience ni aucune piste d’économie structurelle crédible de la part de cette majorité. Trop faible pour faire face aux syndicats rétifs à tout changement, le Conseil d’Etat s’engage dans de longues « concertations » puis capitule à la moindre opposition. Sans direction ni méthode, ce gouvernement opte pour la voie de la facilité en proposant de transférer des charges aux communes ou en augmentant les impôts des propriétaires immobiliers. Puis, pour se donner de la contenance et l’illusion d’une stratégie pour les années à venir, notre exécutif communique sur un plan décennal d’investissements et annonce, en bombant le torse, qu’il prévoit d’engager pas moins de CHF 11.1 milliards sur 10 ans dans la transition environnementale. La belle affaire, cette liste au Père Noël d’investissements n’est pas réaliste compte-tenu de l’état de nos finances.

Alors devenons plus suisses, moins cigales et plus fourmis. Sommes-nous si uniques que nous ne saurions gérer nos affaires alors que les 25 autres cantons y arrivent ? Il n’y a pas fatalité. Mais il faut une vraie volonté, un travail d’équipe et une solidarité au sein du Conseil d’Etat, ce qui fait malheureusement défaut tant, en général, ses membres suivent leurs propres intérêts à court terme, et communiquent sur telle ou telle avancée dérisoire de leur département. Si un quelconque obstacle politique vient à surgir, le Conseil d’Etat se réfugiera dans la « concertation » pour être sûr que personne ne puisse lui reprocher d’avoir un jour exercé véritablement le rôle pour lequel il a été élu : décider et convaincre.

La gestion de l’Etat et de ses finances sera, je l’espère, un des principaux enjeux des élections cantonales de 2023. Le temps est compté pour redresser la barre. Nous risquons un net décrochage avec, par exemple, notre voisin vaudois qui lui, grâce à des finances saines, pourra faire les investissements d’avenir dans le domaine de l’environnement, du savoir et des nouvelles technologies. Je forme le vœu qu’une large coalition de partis qui souhaite ce changement s’unisse pour une claire majorité au Grand Conseil et au Conseil d’Etat.

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