01/09/2017

Lettre ouverte au groupe Tamedia : Genève ne mérite-t-elle pas mieux ?

Une_tg_1879.jpgNous le savons bien, le secteur de la presse écrite traverse une crise sans précédent. Le groupe Tamedia n’est – dans ce domaine – pas épargné et nous comprenons qu’il doive lui aussi consentir à des mesures parfois douloureuses. Si la manière dont l’entreprise gère ces difficultés n’est pas du ressort politique, il nous revient néanmoins, à nous citoyens et élus, d’exprimer nos préoccupations quant à l’impact de certaines décisions du groupe. Il en va ainsi de l’annonce récente de relocalisation d’une majeure partie des effectifs de la Tribune de Genève à Lausanne.


Cette réorganisation, enrobée dans la promesse qu’il n’y aurait aucun licenciement dans l’immédiat, n’en est pas moins radicale et hautement symbolique. Elle est à juste titre perçue comme une atteinte à l’identité de Genève. Un journal doit être au contact de ses lecteurs et de celles et ceux qui composent son tissu politique, social et économique. Prétendre que ce lien privilégié pourra être maintenu depuis Lausanne relève du fantasme.

La concentration des effectifs de la rubrique économique à soixante kilomètres de Genève traduit au mieux une méconnaissance du dynamisme du canton, au pire un certain mépris pour ses entreprises, qui pourtant rayonnent à travers la Suisse et dans le monde entier. Et que dire de ce signal désastreux vis-à-vis de la Genève internationale ? Notre rôle central sur la scène diplomatique et humanitaire mérite plus d’égard qu’une équipe réduite au minimum et dont le champ d’action se limitera à la rubrique locale.

Outre ce désintérêt manifeste pour la spécificité genevoise, le regroupement de l’ensemble des titres romands à Lausanne pose de sérieuses questions quant à la diversité de l’information, pilier fondamental de notre système démocratique. Entre restructurations, licenciements et disparition de certains titres, journalistes et citoyens assistent impuissants à l’appauvrissement du paysage médiatique suisse. Ce nouveau coup dur vient renforcer l’uniformisation des contenus et mettre en péril la production d’information libre et critique. 

Si l’on a foi dans la démocratie et l’économie libérale, et j’espère que les dirigeants de Tamedia ont conservé cette foi, alors on a aussi conscience des responsabilités qu’elle implique. Au nom de Genève, de ses entreprises, de ses institutions et de ses habitants, je les invite à reconsidérer cette décision dont les conséquences apparaissent autrement plus significatives qu’un simple déménagement.

14:25 Publié dans Air du temps, Genève, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Moins de lecteurs pour la presse écrite, dans un systeme économique basé sur le profit, doit etre compensé par une diminution des couts, par exemple par la centralisation de la production. Cette centralisation, par ailleurs et quoi que puisse promettre la direction d`une entreprise, aboutit quasiment toujours a une diminution du nombre des employés... La diminution du nombre des lecteurs des quotidiens est un phénomene de civilisation contre lequel on ne peut pas grand chose mais, a mon avis, l`internet est aussi pour beaucoup dans la diminution des recettes de La Tribune de Geneve; il est vrai que la lecture gratuite du journal est limitée a dix articles mais rien de plus facile que de faire passer un gratuiciel de "nettoyage" pour effacer les traces de lecture pour en lire a nouveau autant gratuitement et ainsi de suite. Considérant que La Tribune de Geneve est -selon moi en tout cas- une partie importante de l`identité genevoise, la Ville aurait peut-etre intéret a aider le journal financierement, par exemple (c`est juste une idée) en lui donnant les moyens de récompenser ses abonnés par un bonus sur le prix des abonnements de transport public...

Écrit par : Jean Jarogh | 01/09/2017

Vous me direz que je suis mauvaise langue, mais j'ai depuis quelque temps le sentiment que notre journal local était piloté par le PLR.
Je traduis donc votre billet comme du dépit devant cette perte d'influence et de contrôle médiatique mais certainement pas la "mise en péril de la production d'information libre et critique".
Avec un exécutif à gauche, les Vaudois ne vont pas se priver de remettre de l'ordre dans les contenus. Espérons juste qu'ils ne vont pas développer les mêmes travers dans l'autre sens.

Écrit par : Pierre Jenni | 01/09/2017

Votre lettre ouverte est très policée, infiniment plus policée que si je l'avais écrite moi-même, même si par impossible je postulais une place au CE. Mais merci de l'avoir faite.

Qu'il me soit permis ici d'être un peu plus direct. Tout comme ce qui s'est passé avec Le Temps, cette décision est révoltante. J'en suis au stade où je n'accepte plus de donner le moindre franc à ces journaux, même si je suis attaché à La Tribune. Et à inviter tous les Genevois à faire de même, tant pis.

Je doute qu'ailleurs on aurait pris de telles décisions. Je doute qu'en France, par exemple, on eût concentré la presse dans la quatrième ou cinquième ville du pays, à savoir Toulouse ou Nice.

Franchement, ça devient puant tout cela, et je vous assure que je le dirais publiquement si je faisais de la poiitique. Et j'appellerais au boycott.

Écrit par : JDJ | 02/09/2017

Je ne devrais peut-etre pas me meler de ce qui ne me regarde pas mais j`aime bien La Tribune qui a accompagné mon existence depuis mes dix ans (j`en ai plus de soixante). Or donc (encore une idée juste comme ca), pourquoi ne pas suivre l`évolution technologique en essayant d`inclure dans la version electronique du journal des reportages 3D visibles avec l`un des nombreux "casques VR" que l`on trouve sur le marché et qui vont tres probablement se répandre a vitesse grand V (comme virtuel) des l`année prochaine?

Écrit par : Jean Jarogh | 02/09/2017

Très bon article, merci.

Écrit par : simon | 02/09/2017

Ne serait-il pas temps de réinventer les journalisme et de sortir des propagandes politiques ?

Écrit par : Corto | 03/09/2017

Chaque jour, combien d'entreprises quittent Genève ?

Écrit par : Corto | 03/09/2017

Bien moins que ceux qui viennent s`y installer ou s`y installeraient s`il y avait plus de logements. La qualité de vie genevoise est sans pair.

Écrit par : Jean Jarogh | 03/09/2017

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